Introduction — La distance n’est pas qu’une question de swing
Pendant longtemps, la performance au golf a été réduite à la technique.
Or, les données modernes montrent une réalité différente : la vitesse de club est aujourd’hui l’un des déterminants majeurs de la performance.
Sur les circuits professionnels, l’augmentation progressive de la vitesse de swing au cours des vingt dernières années s’est accompagnée d’une augmentation significative des distances au drive. Cette évolution n’est pas due uniquement au matériel. Elle est aussi le reflet d’une transformation physique des joueurs. Tiger Woods en porte étendard, à inspiré toute une génération de joueurs sur l’intérêt du travail physique. Rory McIlroy, Bryson Dechambeau, Brooks Koepka, Jon Rham, quelques exemples parmi les plus gros frappeurs aujourd’hui, ils ont tous une technique de swing différente mais un point commun: Un physique d’athlète.
Attention, la puissance au golf ne veut pas forcement dire qu’il faut un physique de déménageur, la preuve avec Justin Thomas: Un physique longiligne mais pourtant lui aussi considéré comme un des plus gros frappeur du PGA Tour. La puissance c’est bien plus subtile que des gros muscles, c’est un savant mélange entre la force, la vitesse et d’une finesse à l’échelle de la fibre musculaire.
On décortique tout ça dans l’article.

Chez les amateurs, le constat est encore plus clair :
- Vitesse de club limitée
- Manque de force relative
- Faible production rapide de force
- Coordination intermusculaire insuffisante
Autrement dit :
la majorité des golfeurs n’exploitent pas leur potentiel de puissance.
Et la puissance n’est pas une qualité réservée aux athlètes professionnels.
Elle est entraînable à tout âge, à condition de comprendre ses mécanismes.
Comprendre la puissance au golf : bases scientifiques
Définition biomécanique
En mécanique :
Puissance = Force × Vitesse
Dans un contexte sportif, cela signifie :
- Capacité à produire une force élevée
- Capacité à la produire rapidement
- Capacité à la coordonner efficacement
Ces trois dimensions sont essentielles au golf.
Force maximale : la fondation
La force maximale correspond à la capacité du système neuromusculaire à produire un haut niveau de tension.
Plusieurs travaux ont montré que la force du bas du corps est corrélée à la vitesse de swing.
Références :
- Wells et al. (2018) – Relationship between strength and golf performance
- Lephart et al. (2007) – Strength and performance in golfers
- Hellström (2009) – Competitive elite golf and physical conditioning
Ces études montrent que :
- La force des membres inférieurs est liée à la vitesse de club
- Les joueurs les plus performants présentent des niveaux de force supérieurs
La force est donc une base indispensable.
Mais elle n’est pas suffisante.
Le Rate of Force Development (RFD)
Le taux de développement de la force correspond à la quantité de force qu’une personne peut générer sur une période de temps. Plus de force générée sur une période de temps signifie que le RFD est plus élevé. Le RFD maximum est basé sur la plus grande quantité de force développée dans le laps de temps le plus court.
Le golf est un mouvement explosif.
Le downswing dure environ 200 à 300 millisecondes.
Il est donc impossible d’exprimer une force maximale lente.
Ce qui compte :
La capacité à produire de la force très rapidement.
C’est ce que l’on appelle le Rate of Force Development (RFD).
Référence clé :
Cormie, McGuigan & Newton (2011) – Developing maximal neuromuscular power
Leur conclusion :
- Les sports explosifs nécessitent un entraînement spécifique de la production rapide de force
- Les adaptations neuromusculaires sont déterminantes
Coordination et séquence cinétique
Le swing est une chaîne cinétique complexe.
La puissance ne vient pas uniquement des muscles.
Elle vient de leur coordination, qu’elle soit inter-musculaire ou intra-musculaire.
C’est ce qu’on appelle la séquence cinématique proximodistale :
- Sol
- Hanches
- Tronc
- Bras
- Club
Une mauvaise coordination limite la transmission d’énergie, la synchronisation, la synergie et l’efficience du swing.
Référence :
Cheetham et al. (2008) – Kinematic sequence in elite golfers
Biomécanique du swing et production de puissance

Le rôle des forces de réaction au sol
Les études utilisant des plateformes de force montrent que :
- Les golfeurs produisent des forces verticales importantes
- La capacité à utiliser le sol influence directement la vitesse de club
Référence :
Ball & Best (2007) – Ground reaction forces in the golf swing
Un joueur puissant ne “tourne” pas seulement.
Il pousse contre le sol.
Séparation hanches / épaules (X-Factor)
Le différentiel de rotation entre le bassin et le tronc est un déterminant majeur.


Plus cette dissociation est efficace, plus l’énergie élastique est exploitée.
Référence :
Myers et al. (2008) – X-Factor and golf performance
Attention :
Une grande amplitude sans contrôle peut augmenter le risque de blessure.
La mobilité doit être accompagnée de stabilité.
Transfert d’énergie et timing
Un swing puissant n’est pas un swing violent.
C’est un swing :
- Séquentiel
- Coordonné
- Synchronisé
Une rupture dans la séquence entraîne une perte de vitesse.
Les 4 piliers d’un développement explosif intelligent
Développer la puissance ne signifie pas “faire des exercices dynamiques”.
Cela signifie structurer des adaptations neuromusculaires spécifiques.
PILIER 1 — La force maximale : la base neurologique
Sans fondation de force, la production rapide de force plafonne.
Les travaux de Cormie et al. (2011) montrent que l’augmentation de la force maximale améliore le potentiel de puissance, notamment chez les athlètes intermédiaires.
Pourquoi c’est crucial au golf :
- Augmente la capacité à produire des forces verticales
- Améliore la stabilité du bassin
- Permet un meilleur transfert d’énergie


Exercices prioritaires :
- Trap bar deadlift
- Squat (adapté au niveau)
- Split squat unilatéral
- Hip thrust
Recommandations :
- 3–5 séries
- 3–5 répétitions
- Repos long (2–3 min)
- Intensité élevée mais maîtrisée
PILIER 2 — Rate of Force Development (RFD)
Le downswing dure environ 0,25 seconde.
Il faut donc développer la capacité à produire de la force dans un temps court.
Cormie et al. (2011) soulignent que la puissance maximale nécessite un entraînement à charges modérées avec intention maximale de vitesse.


Exercices :
- Trap bar jump
- Jump squat
- Squat dynamique léger
- Sauts verticaux contrôlés
Paramètres :
- 3–6 répétitions
- 3–4 séries
- Charges légères / Intension de vitesse maximale
- Repos complet
PILIER 3 — Puissance rotationnelle spécifique
Le golf est un sport rotationnel.
La puissance doit être transférable au plan transversal, et à un mouvement spécifique au swing de golf
Fletcher & Hartwell (2004) montrent que les lancers rotationnels améliorent la performance dans les sports à rotation explosive.



Exercices :
- Lancer rotationnel med ball
- Landmine rotation
- KettleBell swing rotationnel
Important :
- Intention maximale
- Charge modérée
- Qualité technique prioritaire
PILIER 4 — Vitesse spécifique golf
La vitesse s’entraîne spécifiquement.
Les protocoles d’overspeed training ont montré des gains significatifs de vitesse de swing.
Fradkin et al. (2004) – Effect of overspeed training on golf swing speed
Szymanski et al. (2010) – Overspeed training in rotational sports


Comment évaluer sa puissance ?
Sans mesure, il n’y a pas de progression structurée.
Tests recommandés





1. Saut vertical
Indicateur de puissance des membres inférieurs.
2. Lancer rotationnel med ball
Spécifique au plan transversal.
3. Trap bar jump (si encadré)
Mesure force-vitesse.
4. Vitesse de club (launch monitor)
Indicateur direct performance golf.
Re-test toutes les 6–8 semaines.
Exemple de progression sur 8 semaines
Phase 1 (Semaines 1–3) : Force
- Trap bar 4×4
- Split squat 3×5
- Core anti-rotation
- Lancer med ball technique
Phase 2 (Semaines 4–6) : Force + Puissance
- Trap bar 3×3
- Trap bar jump 4×3
- Lancer rotationnel 4×4
- Overspeed léger
Phase 3 (Semaines 7–8) : Puissance + Vitesse
- Jump squat 4×3
- Lancer explosif 5×3
- Overspeed complet
- Swings mesurés
Important :
Volume total contrôlé.
Qualité > fatigue.
Conclusion : La puissance au golf n’est pas une option, c’est un levier stratégique
La puissance au golf n’est ni un effet de mode, ni une qualité réservée aux joueurs professionnels.
Elle repose sur des mécanismes précis :
- Une base solide de force maximale
- Une capacité à produire de la force rapidement (RFD)
- Une coordination efficace de la chaîne cinétique
- Un travail spécifique de vitesse de swing
Les données scientifiques sont claires : la distance au drive est corrélée à la performance globale.
Ignorer le développement physique revient aujourd’hui à limiter volontairement son potentiel.
La puissance au golf n’est pas un simple gain de mètres.
C’est un avantage stratégique :
- Attaques de greens avec des fers plus courts
- Trajectoires plus pénétrantes
- Moins de dispersion à vitesse équivalente
Mais développer son explosivité ne consiste pas à ajouter quelques exercices dynamiques à la fin d’une séance.
Cela nécessite :
- Une évaluation initiale
- Une planification structurée
- Une progression mesurable
- Une intégration intelligente dans la saison de jeu
C’est précisément cette logique méthodique qui permet de gagner durablement en vitesse de club — sans sacrifier la précision ni augmenter le risque de blessure.
La puissance n’est pas un talent.
C’est une compétence.
Et comme toute compétence, elle se construit.
Bibliographie
Ball, K., & Best, R. (2007). Different centre of pressure patterns within the golf stroke. Journal of Sports Sciences.
Cheetham, P. J., Martin, P. E., Mottram, R. E., & St. Laurent, B. F. (2008). The importance of stretching the X-Factor in the downswing of golf. International Journal of Sports Science and Coaching.
Cormie, P., McGuigan, M. R., & Newton, R. U. (2011). Developing maximal neuromuscular power. Sports Medicine.
Hellström, J. (2009). Competitive elite golf and physical conditioning. Sports Medicine.
Lephart, S. M., Smoliga, J. M., Myers, J. B., Sell, T. C., & Tsai, Y. S. (2007). An eight-week golf-specific exercise program improves physical characteristics and golf performance. Journal of Strength and Conditioning Research.
Wells, G. D., Elmi, M., & Thomas, S. (2018). Physiological correlates of golf performance. Journal of Strength and Conditioning Research.
Myers, J., et al. (2008). The role of upper torso and pelvis rotation in golf performance. Journal of Sports Sciences.

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